19 octobre 2017

Il y a un an, jour pour jour, j’étais dans un petit village de montagne prénommé Bandipur, au Népal. C’est dans ce village, à l’auberge du Milan Guest House que ma vie de voyageuse a complètement basculé durant la nuit du 19 octobre 2017. Cette nuit-là est à jamais gravée dans ma mémoire. Tous mes espoirs, mes projets, mon rêve d’un voyage tant attendu ont été anéanti en l’espace d’une nuit. Une date qui aujourd’hui me revient comme un coup de poignard dans le cœur.

Je suis assise sur mon canapé et je regarde ces photos, ces souvenirs. Je me remémore ce voyage que j’avais mis des années à préparer. Je retrace mon parcours et cet itinéraire si parfait que j’avais planifié. Je regarde ces images le cœur rempli de joie, et puis, je tombe sur cette photo. Cette photo de moi assise dans ma minuscule chambre d’hôtel à Bandipur. Je me souviens qu’il y avait peu de mobilier, deux lits. Juste de quoi me donner un peu de confort. Je l’aimai tant cette chambre. À la vue de cette photo, mon ventre se tord et tout d’un coup le souvenir d’une nuit douloureuse me frappe en plein visage. Les larmes se mettent à couler et je me rappelle. Je me rappelle de cette douleur insoutenable, de cette respiration saccadée, de mon cœur battant au rythme d’un tambour de guerre. Je me souviens de ce mal me prenant, me tordant dans tous les sens et me sortant de mon sommeil en un éclair complètement en panique.

Je me souviens de cette nuit du 19 octobre 2017, de ce contact glacé avec le sol, de la peine ressentie dans chaque fibre de mon corps, de la sueur et de la peur. Chaque seconde paraissait insoutenable, insurmontable. Je me souviens de ce cri de douleur et de cet appel à l’aide hurlé à plusieurs reprises : « Help me. Help me please! ». Je me revois quitter mon corps et m’observer de haut me demandant si mon heure est venue. Je me revois supplier, ramper, pleurer. Après quelques minutes écoulées allongée sur le sol du couloir extérieur, plus rien. Juste la solitude. Le silence. La perte d’espoir.

Et puis, elle est arrivée. Telle une mère apeurée devant son enfant en souffrance, elle m’a prise dans ses bras. Accompagnée d’un touriste américain qui logeait également dans son auberge, elle m’a porté et amené dans la petite clinique du village. Elle me tenait la main, me caressait les cheveux. Ce soir-là, je me souviens d’elle, se battant pour qu’on me vienne en aide. Je la revois supplier le médecin. Malgré tous ses efforts, le médecin ne pouvait rien faire dans sa clinique. Mais peu importe, son but ultime était de me sauver et d’arrêter la douleur le plus rapidement possible. C’est dans l’urgence qu’elle est partie chercher toutes mes affaires dans ma chambre avec cet américain, et à eux deux, ils m’ont accompagné dans un Jeep à 2h du matin pour rejoindre l’hôpital le plus proche qui pouvait me soigner et me sauver. Pendant ces longues heures de routes dans les montagnes, elle s’assurait que je restais éveillée. Elle me parlait, me chantait des chansons. Sa chaleur. Sa douceur. Je m’en souviendrai à jamais. Une fois arrivé à l’hôpital, les médecins m’ont pris en charge. Ils nous ont rassuré, lui ont garantie ma sécurité et que tout irai bien pour moi. Malheureusement, il n’était pas possible pour elle de rester. Je n’oublierai jamais ses bras me serrer, ni sa compassion et tout cet amour qu’elle m’a donné.

Une semaine d’hospitalisation plus tard, je me suis fait rapatriée en France. J’ai retrouvé ma mère et lui ai raconté tout ce que cette femme extraordinaire avait fait pour moi. Je ne saurais dire à quel point nous étions reconnaissantes de son aide. Depuis mon départ du Népal ma santé s’est un peu améliorée. Mes reins qui cette nuit-là m’avaient tant fait souffrir me tourmentent encore aujourd’hui. C’est fou de se dire qu’une si petite pierre peu causer tant de peine et de douleur. Très vite une nouvelle réalité s’est imposée à moi, celle que mes reins seront à jamais fragiles et que je ne pourrais plus voyager comme je le faisais avant. Néanmoins, je ne me laisse pas aller. Je n’ai pas le droit de baisser les bras. Je dois continuer à me battre, en souvenir de cette femme qui une nuit sauva une parfaite étrangère.

Aujourd’hui, je pense à elle et à son auberge perdue dans ces montagnes si magnifiques. Un jour, je reviendrai la voir. J’en fais la promesse. Et à ce moment-là, je lui dirais ce que mes larmes et ma gorge trop serrée m’ont empêché de faire. Je lui dirais tout simplement merci.

3 réflexions sur “19 octobre 2017

  1. Magnifique combat, j’en ai eu la larme à l’oeil. Merci pour ce beau partage et ce bel exemple de courage ! Plein de bonnes ondes d’une autre voyageuse autour du monde et qui espère te croiser un jour sur la route ! 😉

  2. Le bien existe encore et toujours malgré tout le mal qu il y a dans ce monde.
    On te souhaite santé et plein de force intérieure pour une autre et meilleur retour un jour en Asie.
    Un tres beau continent
    Merci pour le partage

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